Février 2025, week-end last minute en pays catalan, dans un concert de village, on me suggère de découvrir la Fête de l’Ours, fête ancestrale de la région. Ma curiosité piquée, je décide d’en savoir un peu plus.
Les fêtes de l’ours se déroulent sur trois communautés montagnardes du Haut Vallespir : celle d’Arles-sur-Tech, de Prats-de-Mollo-la-Preste et de Saint-Laurent-de-Cerdans. Elles sont, depuis 2022, classées au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’Unesco. Elles seraient intimement liées au conte local « Jean de l’ours » créature mi-ours et mi-humaine.
Bien que les trois villes aient leur variante propre de la fête de l’ours, le scénario de base est identique. Les ours parcourent la ville, s’attaquant symboliquement aux habitants, en les mâchurant avec un mélange d’huile et de suie. Les chasseurs les poursuivent, le tout ponctué par des chansons, notamment « l’air de l’ours » que la foule chante, pour provoquer les ours, et de sardanes (rondes traditionnelles catalanes). La fête se termine par la capture et le rasage symbolique des ours. À Prats-de-Mollo-la-Preste, la capture et le rasage de l’ours est la responsabilité des barbiers. Ils sont généralement joués par les plus anciens du village ou les anciens ours. Ils cherchent à enchaîner l’ours et le rase avec une hache pour rasoir et un boudin, trempé dans du vin rouge, pour blaireau (je n’ai pas dit que cela n’était pas étrange parfois…) L’ours redevenant ainsi un homme civilisé est acclamé par la foule. Et moi, je suis revenue avec quelques traces de suie et cette série en souvenir.
Ma première impression de ce jeu de rôle grandeur nature a été d’y trouver une certaine forme de brutalité : Les ours se jetant sur les passants pour les mâchurer, les chasseurs les poursuivant en criant, la foule qui harangue les ours et leur capture finale par les barbiers… Mais en photographiant la fête, je me suis rendue compte que tous faisaient attention les uns aux autres, les ours prenant des précautions lors de leurs chutes avec leur proie, les chasseurs leur servant de garde rapprochée, la foule respectant ce cordon de sécurité. J’ai ressenti une vraie volonté de préserver, de partager cette fête dans la joie et la bonne humeur.
Il y a derrière ces fêtes, un vrai désir de transmission des anciens, d’apprentissage chez les jeunes et également un désir de les adapter, les faire évoluer dans le temps.
La transmission des gestes, des pratiques et des chants se transmettent de génération en génération et « faire l’ours » peut presque être considéré comme un rite de passage.
Pour les habitants, les fêtes de l’ours sont un élément identitaire fort et un évènement central qui marque le temps. L’ours est devenu un emblème pour le territoire voire même une mascotte pour les équipes sportives.
Il y a également un désir de faire évoluer cette tradition notamment par rapport au rôle des femmes. À l’origine, ce sont les femmes que l’ours cherchait à attraper avant tout, elles étaient incarnées par des jeunes filles, habillées en bergère. L’ours descendait à l’arrivée du printemps pour enlever et féconder les jeunes femmes. Aujourd’hui, l’ours mâchure tout le monde et surtout celles et ceux qu’il entend distinguer ou honorer.
Alors oserez-vous affronter l’ours?